L’histoire de la Suisse, j’ai séché les cours comme tout le monde au lycée, pas de jugement, moi le premier je confondais encore le Pacte fédéral avec la légende de Guillaume Tell il y a pas si longtemps. Sauf que ce pays-là traîne plus de deux mille ans d’histoire derrière lui, et douze dates suffisent à tout comprendre sans rouvrir un manuel de trois cents pages. Alors voilà : douze dates, de l’Antiquité à 1971, pour que tu puisses briller au prochain repas de famille.
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1 – 58 av. J.-C. : César arrête l’exode des Helvètes à Bibracte
L’histoire écrite de la Suisse commence avec Jules César, et c’est pas un détail : sa Guerre des Gaules est la toute première source écrite sur le territoire. Vers 58 av. J.-C., le peuple celte des Helvètes, qui occupe le plateau suisse, décide d’émigrer vers l’ouest de la Gaule, brûle ses propres villes et villages, et environ 360 000 personnes prennent la route. Le chiffre, il vient de César lui-même, alors prends-le avec des pincettes : on sait qu’il savait gonfler ses effectifs pour se donner le beau rôle. Il les arrête à Bibracte et les renvoie chez eux défendre la frontière du Rhin contre les Germains. (Tu imagines brûler ta maison avant de déménager ? Moi je range déjà pas mes cartons.) Cette défaite ouvre la longue période gallo-romaine qui façonnera la Suisse romande et sa frontière linguistique latine.
2 – 443 : les Burgondes posent leur capitale à Genève
Après le départ des troupes romaines au début du Ve siècle, un peuple germanique fédéré de Rome, les Burgondes, s’installe vers 443 en Sapaudie, le « pays des sapins », à cheval sur la Savoie et l’ouest de la Suisse actuelle. Et devine quoi : Genève devient l’une de leurs capitales, avant même Lyon. (Genève, capitale d’un royaume germanique au Ve siècle, alors que tout le monde la croit née ville internationale au XXe siècle, ça m’a scotché.) Ils s’assimilent à la population gallo-romaine et gardent la langue latine, qui évoluera vers le francoprovençal puis le français, et leur royaume laisse une loi célèbre, la loi Gombette. Cette installation esquisse déjà la future frontière entre Suisse romande et Suisse alémanique.
3 – 1291 : le Pacte fédéral, acte de naissance bien réel de la Suisse
On a tous en tête le serment du Grütli et Guillaume Tell, mais attention : ça, c’est la légende. Le vrai document, lui, existe. Début août 1291 (la date exacte, on la connaît pas), les hommes libres des vallées d’Uri, de Schwytz et de Nidwald signent un pacte d’alliance juridique et défensive, rédigé en latin. (Le plus beau ? Ce pacte « fondateur » est resté oublié des siècles, redécouvert en 1758 dans les archives de Schwytz, publié en 1760. Un acte de naissance planqué dans un tiroir pendant presque cinq cents ans.) Il n’est considéré comme l’acte fondateur de la Suisse que depuis 1891, et la fête nationale du 1er août, placée symboliquement ce jour-là, a été célébrée pour la première fois en 1891, puis annuellement à partir de 1899. Le Grütli et Guillaume Tell, eux, relèvent de la tradition, sans aucun fondement documentaire.
4 – 1315 : Morgarten, la première grande victoire des Confédérés
Le 15 novembre 1315, environ 1 500 confédérés écrasent l’armée du duc Léopold Ier d’Autriche à Morgarten. En face, les sources comptent 4 000 à 8 000 soldats, une sacrée différence de gabarit. Cette victoire éclatante débouche sur le pacte de Brunnen du 9 décembre 1315, premier texte rédigé en allemand et premier à employer le mot Eidgenossen, « Confédérés », littéralement « compagnons liés par serment ». (Le mot même qui désigne les Suisses aujourd’hui est né après une bataille de montagne. Pas mal, non ?) Ce pacte interdit aussi toute alliance avec des puissances étrangères, une clause qui tiendra jusqu’en 1798.
5 – 1499 : le traité de Bâle arrache l’indépendance de fait
L’empereur Maximilien veut réorganiser le Saint-Empire : tribunal impérial, nouvel impôt, le « centime impérial ». Les Confédérés refusent, et remportent la guerre de Souabe, de décembre 1498 à septembre 1499. Le traité de Bâle, le 22 septembre 1499, consacre leur indépendance de fait : l’empire renonce à ses droits sur eux. (Et cette indépendance, ils l’ont arrachée près de 150 ans avant que l’Europe ne daigne la reconnaître officiellement. Question de patience.) Bâle et Schaffhouse rejoignent la Confédération en 1501, Appenzell en 1513, et voilà la Confédération des XIII cantons au complet.
6 – 1516 : la paix perpétuelle de Fribourg transforme la Suisse
Tout part d’une défaite : celle de Marignan, en 1515, face à François Ier. Les Confédérés, battus, signent la « paix perpétuelle » de Fribourg le 29 novembre 1516. La France obtient le droit de recruter à volonté des mercenaires suisses, en échange du Tessin et d’une partie de la Valteline. (Une défaite qui a durablement pacifié le pays et l’a transformé en réservoir de mercenaires au service de la France, c’est un drôle de cadeau de consolation.) Ce traité marque la fin de la politique d’expansion des cantons, et il ouvre la voie à l’alliance franco-suisse de 1521, qui durera jusqu’en 1792. Le document est d’ailleurs entré au registre Mémoire du monde de l’UNESCO en 2025.
7 – 1648 : Westphalie reconnaît l’indépendance de jure
Pendant la guerre de Trente Ans, de 1618 à 1648, la Suisse reste neutre mais mobilise 36 000 hommes à ses frontières. C’est la naissance du concept de « neutralité armée » : on reste en paix, mais on montre les dents. (36 000 hommes pour un pays en paix, avoue que ça en dit long sur l’art suisse de se préparer sans se battre.) Le 24 octobre 1648, les traités de Westphalie mettent fin au conflit européen et reconnaissent de jure l’indépendance de la Confédération, jusqu’alors seulement de fait depuis 1499. La Confédération des XIII cantons sort officiellement du Saint-Empire romain germanique. La neutralité perpétuelle, elle, attendra 1815.
8 – 1798 : la République helvétique imposée par la France
En 1798, les troupes françaises envahissent la Suisse, poussées par des exilés comme Frédéric-César de La Harpe. Plusieurs républiques éphémères furent proclamées en quelques semaines sur le territoire, avant que Paris n’impose la « République helvétique une et indivisible », proclamée le 12 avril 1798. (Un État centralisé et unitaire gouverné par un directoire, pour un pays qui vit en cantons depuis des siècles, autant dire un costume trop serré.) Pour la première fois, les cantons deviennent égaux entre eux : fini les pays sujets et les bailliages communs. Le régime, déchiré entre centralisateurs et fédéralistes, s’effondre après la guerre des bâtons de 1802. C’est la fin de l’Ancien Régime en Suisse.
9 – 1815 : la neutralité perpétuelle reconnue au congrès de Vienne
Après la chute de Napoléon, un nouveau pacte fédéral est signé le 7 août 1815, et la Confédération passe à vingt-deux cantons. Au congrès de Vienne, les puissances européennes reconnaissent la neutralité perpétuelle de la Suisse : déclaration du 20 mars 1815, reconnaissance au traité de Paris du 20 novembre 1815. (Et le plus savoureux, c’est que cette neutralité n’est pas une décision purement helvétique : elle a été garantie par les grandes puissances, dans leur propre intérêt stratégique. La neutralité suisse, c’est aussi un choix des voisins.) Le Valais, Genève et Neuchâtel s’y ajoutent, et la frontière ne bougera plus. La neutralité devient un pilier de l’identité helvétique.
10 – 1848 : la Constitution fédérale fonde la Suisse moderne
La Suisse moderne est née d’une guerre civile, le Sonderbund, en 1847 : sept cantons catholiques avaient conclu une alliance secrète en 1845, et ils sont battus par le général Guillaume-Henri Dufour. Une guerre brève et peu sanglante, presque aussitôt refermée par le vote. (Une guerre civile qui accouche d’une constitution, et pas d’une revanche, c’est pas si courant dans l’histoire.) La Constitution votée le 12 septembre 1848 fonde un État fédéral qui garde le nom de « confédération », et les cantons deviennent « souverains » sans être indépendants. Elle crée le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale, à Berne. Le franc suisse naît par la loi du 7 mai 1850. C’est l’acte de naissance de la Suisse politique d’aujourd’hui.
11 – 1920 : la Suisse adhère à la Société des Nations
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Suisse adhère à la Société des Nations, installée à Genève, au palais Wilson puis au palais des Nations. La votation du 16 mai 1920 donne une forte majorité, portée par la Suisse romande : 93,2 % de oui dans le canton de Vaud. (La Suisse alémanique, elle, restait nettement plus réservée. L’ouverture au monde, chez les Suisses, c’est d’abord une affaire de Romands.) Cette adhésion consacre Genève comme capitale de la diplomatie internationale, tout en préservant une « neutralité différentielle » : la Suisse refuse de participer aux sanctions militaires. Elle renforce le rôle de bons offices que le pays joue depuis sur la scène mondiale.
12 – 1971 : le suffrage féminin enfin accordé
L’un des pays les plus démocratiques du monde n’a accordé le droit de vote aux femmes au niveau fédéral que le 7 février 1971. (Je te laisse mesurer le contraste : on parle de la patrie de la démocratie directe.) Le droit de vote des femmes, déjà acquis dans certains cantons, est étendu aux autres essentiellement en 1971 et 1972. Mais un demi-canton, Appenzell Rhodes-Intérieures, a résisté jusqu’en 1990, et n’a cédé que contraint par une décision de justice au nom de l’égalité. La Suisse fut ainsi l’un des derniers pays d’Europe à accorder le droit de vote aux femmes au niveau national. Une leçon d’humilité sur le temps long de l’histoire.
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Sources : page Wikipedia « Histoire de la Suisse » et les pages de contre-vérification consacrées à la bataille de Bibracte, au Pacte fédéral, à la bataille de Morgarten, au traité de Bâle, à la paix perpétuelle de Fribourg, aux traités de Westphalie, à la République helvétique, à la neutralité perpétuelle, à l’État fédéral de 1848, à la Société des Nations et au suffrage féminin en Suisse.

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