Les premiers Provençaux ressemblaient à ça (la science va te surprendre)

Toi qui es fier de tes racines provençales, tu t’es déjà demandé à quoi ressemblaient les tout premiers habitants de ta région ? Pas les Grecs de Massalia ni les Romains d’Aix — non, les vrais premiers, ceux qui arpentaient le Luberon, la Camargue et les Alpilles bien avant que quiconque ait jamais planté un cep de vigne. Spoiler : ils ne ressemblaient probablement pas du tout à ce que tu imagines.

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Les tout premiers Provençaux avaient la peau foncée

Ce n’est pas une spéculation, c’est un fait que la génétique a confirmé ces dernières années. Les chasseurs-cueilleurs qui vivaient en Europe occidentale au Mésolithique — donc entre environ 15 000 et 5 000 ans avant notre ère — portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. Traduction : leur peau était foncée. Très foncée, même.

Et avant que tu te dises « attends, Vincent, t’es en train de me dire que les premiers Européens étaient… », laisse-moi t’arrêter tout de suite. La peau foncée, ce n’est pas une exception dans l’histoire humaine. C’est l’état de départ. L’état ancestral de notre espèce (oui, je parle d’Homo sapiens, toi et moi compris). La peau claire, c’est elle qui est apparue tard dans l’histoire. Vraiment tard. On va y venir, promis — mais d’abord, accroche-toi à ton pastis, parce que ce qui suit risque de bousculer deux-trois idées reçues (je sais, on aime bien nos idées reçues dans le Sud, c’est un peu notre sport régional avec la pétanque).

Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?

Je vais vous donner deux exemples qui ont fait pas mal de bruit dans la communauté scientifique ces dernières années.

Le premier, c’est Cheddar Man. Le squelette a été découvert en 1903 dans la grotte de Gough, dans le Somerset, en Angleterre. Il est daté d’environ 10 000 ans avant notre ère. Pendant plus d’un siècle, personne ne savait trop à quoi il ressemblait, et puis en 2018, une équipe du Natural History Museum de Londres et de University College London a séquencé son génome complet. Résultat ? Sa peau était « dark to black » — c’est le terme technique utilisé par les chercheurs eux-mêmes —, ses cheveux étaient noirs et probablement frisés. Cheddar Man était un représentant typique des Western Hunter-Gatherers, les chasseurs-cueilleurs de l’ouest européen.

Deuxième exemple : La Braña 1, un squelette mésolithique découvert à Valdelugueros, dans la province de León, en Espagne. Daté d’environ 7 000 ans avant notre ère. Les analyses génétiques montrent qu’il portait les allèles ancestraux — les versions originelles — des gènes SLC45A2 et SLC24A5, ceux-là mêmes qui déterminent la pigmentation claire chez les Européens d’aujourd’hui. Le chercheur Carles Lalueza-Fox (CSIC), qui a dirigé l’étude, a été on ne peut plus clair : cet individu possédait les versions ancestrales des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau foncée.

Alors, ces deux gars n’étaient pas en Provence, je te l’accorde. Le Somerset et la province de León, ce n’est pas vraiment le plateau de Valensole ou les calanques de Cassis (quoi que, en février, les falaises anglaises et la garrigue balayée par le mistral, ça doit se valoir niveau grisaille). Mais les populations mésolithiques du sud de la France actuelle appartenaient au même grand groupe génétique que ces deux individus : les Western Hunter-Gatherers. Ce qui était vrai pour Cheddar Man et La Braña 1 l’était probablement aussi pour les tout premiers Provençaux. La Provence, nichée entre ces deux pôles géographiques — Angleterre et Espagne —, s’inscrit pleinement dans ce tableau.

Quand la peau a-t-elle changé ?

Parce que tu te poses forcément la question : si les premiers Européens avaient la peau foncée, à quel moment on est devenus… ben, nous ?

L’éclaircissement de la peau s’est fait en deux grandes vagues, et ça ne s’est pas passé en un claquement de doigts. C’est le résultat d’un brassage de populations qui s’étale sur des milliers d’années. Un vrai mille-feuille génétique — et puisque je parle de mille-feuille, je tiens à préciser que les meilleurs sont ceux de la pâtisserie Weibel à Aix (petit aparté gourmand, vous m’excuserez).

Première vague : les agriculteurs anatoliens. Vers 8 000 ans avant notre ère, des populations originaires d’Anatolie (la Turquie actuelle) commencent à migrer vers l’Europe en apportant l’agriculture. Et avec l’agriculture, elles apportent aussi un petit gène qui change tout : SLC24A5. Ce gène est quasi fixé — c’est-à-dire présent chez presque tout le monde — dans le Néolithique anatolien. Ces agriculteurs avaient la peau plus claire que les chasseurs-cueilleurs qu’ils rencontraient, et ce variant s’est progressivement diffusé d’est en ouest, au rythme des migrations agricoles.

Deuxième vague : les pasteurs des steppes. Vers 4 500 ans avant notre ère, une autre population arrive : les pasteurs Yamnaya, venus des steppes pontiques — l’actuelle Ukraine et le sud de la Russie. Ceux-là apportent le gène SLC45A2 et d’autres variants qui contribuent à la peau claire. Deux vagues, deux gènes, des milliers d’années de brassage.

Au final, la peau claire généralisée en Europe, telle qu’on la connaît aujourd’hui, ne devient majoritaire que vers 3 000 ans avant notre ère — et encore, de façon progressive, région par région. Ça veut dire que pendant la très grande majorité de son histoire, l’Europe — et la Provence avec elle — était peuplée de gens à la pigmentation ancestrale. La peau claire, c’est la nouveauté dans l’histoire. Pas l’inverse.

Le modèle le plus solide pour comprendre tout ça, c’est celui des trois couches d’ascendance proposé par Lazaridis et ses collègues en 2014 : d’abord les WHG — chasseurs-cueilleurs de l’Ouest, nos « premiers Provençaux » si tu veux —, ensuite les EEF — agriculteurs anatoliens du Néolithique ancien, dominants sur le pourtour méditerranéen —, et enfin les WSH — pasteurs des steppes de l’Ouest, plus présents dans le nord et l’est de l’Europe. Toi, moi, tous les Européens d’aujourd’hui, on est un mélange de ces trois couches dans des proportions variables. Tes ancêtres, c’est un layer cake.

Et dans l’Antiquité, qui peuplait la Provence ?

Bon, après ce voyage dans la préhistoire profonde, on redescend un peu dans le temps. Parce que la Provence, ce n’est pas qu’une affaire de chasseurs-cueilleurs. C’est aussi un territoire qui a été façonné par des peuples fascinants bien avant l’arrivée des Romains — et qui a donné son nom à l’une des régions les plus emblématiques de France.

Les plus anciens habitants documentés de la région, ce sont les Ligures. Un peuple autochtone dont l’origine exacte est débattue, mais qui était présent en Provence bien avant l’arrivée des Celtes. On parle d’une présence qui remonte bien avant le premier millénaire avant notre ère. Leur langue faisait débat : probablement pré-indo-européenne, ou peut-être une forme très archaïque d’indo-européen. Les linguistes ne sont pas tous d’accord, et c’est tant mieux, ça laisse de la place au mystère.

Les Ligures se sont progressivement organisés en confédérations celto-ligures à partir de l’arrivée des peuplades gauloises. La plus puissante de ces confédérations dans le sud-est, c’était celle des Salyens (ou Salyes, ou Salluvii, selon que vous lisiez du grec ou du latin). Les Salyens regroupaient une douzaine de tribus entre le Rhône et le Var. Autant dire qu’ils contrôlaient un bon morceau de la Provence actuelle. Entrevaux, oppidum d’Entremont, Glanum près de Saint-Rémy : le territoire salyen, c’est le cœur battant de ce qui deviendra la Provence.

Et puis il y a les Grecs. Et ça, c’est probablement le fait le plus dingue de l’histoire régionale, alors ouvre grand les oreilles. Marseille — Massalia — a été fondée par des Grecs venus de Phocée (l’actuelle Foça, en Turquie) vers 600 avant notre ère. Et ces Grecs-là n’ont pas juste fondé une ville : ils ont essaimé sur toute la côte. Antibes (Antipolis), Nice (Nikaia), Le Brusc (Tauroeis), Hyères (Olbia) : autant de comptoirs grecs qui constellaient le littoral provençal. Tu marches dans le vieux Nice ou sur le port d’Antibes, et tu poses les pieds sur des strates grecques vieilles de deux mille six cents ans. Ça calme, hein ?

La romanisation arrive en 125-123 avant notre ère, quand Rome intervient à la demande de Massalia pour contrer la puissance des Salyens. Aix-en-Provence — Aquae Sextiae — est fondée en 122 avant notre ère par le consul Caius Sextius Calvinus. Et c’est là que l’histoire prend une dimension presque poétique : la Provincia Romana, première province romaine en Gaule transalpine, donne son nom à la « Provence ». Le mot que tu utilises tous les jours, le nom de ta région, c’est littéralement un héritage direct de l’administration romaine. Pas mal pour une appellation d’origine, non ?

Et le fait saisissant, celui qui mérite d’être gravé quelque part en lettres capitales : Massalia — Marseille — est tout simplement la plus ancienne ville de France. Déjà une cité commerçante prospère, tournée vers la Méditerranée, quand Rome n’était encore qu’une ville moyenne parmi d’autres en Italie centrale. Marseille est restée une alliée autonome de Rome pendant des siècles, jusqu’au siège qu’elle subit en 49 avant notre ère, lorsque César la prend après sa victoire sur Pompée. Plus de cinq siècles d’indépendance grecque en terre provençale avant que les aigles romaines ne s’y imposent.

Alors, fier de tes racines ?

Parce que c’est ça, au fond, le truc. Quand on gratte un peu, être Provençal, ce n’est pas juste aimer l’aïoli et râler contre les Parigots l’été (même si, entre nous, on fait ça très bien). C’est porter en soi une histoire stratifiée absurde : des chasseurs-cueilleurs à la pigmentation ancestrale qui parcouraient les Alpilles et le Luberon, des Ligures accrochés à leurs oppida, des confédérations salyennes qui tenaient tête à Rome, des Grecs de Massalia qui faisaient du commerce sur toute la Méditerranée, des légions romaines qui transformaient la région en province impériale. Tout ça dans le même petit bout de terre entre le Rhône, la Méditerranée et les Alpes. Et tout ça a laissé une trace dans le mot même que tu utilises pour te définir : Provence.

Alors oui, tes ancêtres ne ressemblaient pas à ce que tu croyais. Mais c’est justement ça qui est beau : ce n’est pas une ligne droite, c’est un mille-feuille. Et ce mille-feuille-là, personne d’autre que nous ne le porte de la même façon.

Dis-moi en commentaires si cette histoire te parle. Est-ce que tu savais pour Cheddar Man ? Pour les Ligures et les Salyens ? Pour Massalia, plus vieille ville de France ? Et si t’as des ancêtres provençaux dont l’histoire mérite d’être racontée, balance — je suis toujours preneur.

Prenez soin de vous et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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