J’ai fouillé les vieux blogs, les forums de la diaspora varoise, les commentaires Facebook où les Varois se reconnaissent entre eux à trois mots et demi. Le Var, c’est pas juste un département — c’est une identité. Toulon, le marché du cours Lafayette, Mayol, le Faron… J’y ai passé tous mes étés chez mes grands-parents, alors je sais de quoi je parle (ou du moins, je le crois).
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Bouffe, langue provençale, caractère bien trempé, rivalités éternelles — y en a un peu pour tout le monde.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Varois quand :
1 — Ton temple c’est Mayol, et un match sans générale, c’est pas vraiment un match
Le stade Mayol, coincé entre la mer et le centre-ville, c’est ton sanctuaire. Quand le RCT joue, la rade tremble. La générale ? C’est la troisième mi-temps du rugby varois : un pastaga, une discussion tactique, et des Marseillais qui nous traitent de tous les noms mais qu’on aime quand même secrètement.
2 — Le rugby est à Toulon, le foot à Marseille, et ça ne se discute pas
Cette ligne de démarcation est gravée dans le marbre du Faron. Marseille a l’OM, Toulon a le RCT. Quand un Marseillais essaie de te parler de foot au café, tu le regardes avec la même expression que s’il te proposait de remplacer la cade par une socca — techniquement comestible, culturellement inadmissible.
3 — Tu dis « adieu » pour dire bonjour ET au revoir
« Adieu, ça va ? » en arrivant. « Adieu, à demain ! » en partant. La première fois qu’un Parisien t’as regardé avec des yeux paniqués en entendant ça, t’as mis dix secondes à comprendre qu’il croyait que tu lui annonçais sa propre mort. C’est du provençal pur — « à Dieu », une formule de salut complète.
4 — Tu traites quelqu’un de « fada », mais tu sais que ça vient du latin « ensorcelé par les fées »
« T’es fada ou quoi ? » Ça sort tout seul. Mais fata, en latin, c’est la fée : être fada, à l’origine, c’est être frappé par les fées. C’est quand même plus poétique que « t’es taré ». (Bon, à Mayol, la poésie on la retrouve moins, j’avoue.)
5 — « Dégun » fait partie de ton vocabulaire, et tu le cries à Mayol
« Ici on craint dégun ! » Le cri de guerre du RCT. « Dégun » = « personne » en provençal. Tu le dis aussi pour raconter ta soirée : « Y’avait dégun au bar. » Ce mot est tellement ancré que même les néo-Toulonnais l’adoptent en six mois — c’est le test d’intégration ultime.
6 — La cade toulonnaise n’a rien à voir avec la socca niçoise, et tu le sais
La cade, cette galette de pois chiche dorée, croustillante sur les bords, moelleuse au centre, se mange chaude dans un cornet en papier sur le cours Lafayette. Les Niçois te diront que c’est la même chose que leur socca — ils mentent. La cade est plus épaisse, cuite autrement, et c’est un monument varois, point.
7 — À 4h du matin, tu vas chez TOINE manger le vrai chichi-frégi
Le chichi-frégi, ce beignet allongé croustillant dehors, tendre dedans, roulé dans le sucre — une spécialité toulonnaise que le monde entier vous envie. Chez TOINE, ouvert la nuit, à 4h du matin tu fais la queue avec tout le monde : marins-pompiers, étudiants, fêtards. C’est le patrimoine immatériel varois, et ça vaut tous les grands crus.
8 — Tu commandes « un Bandol » tout court, pas un AOC Bandol, pas un rosé
Juste « un Bandol ». Le mot se suffit à lui-même. Tu sais que derrière ça, y’a des restanques surplombant la Méditerranée et du mourvèdre qui tape à 14 degrés. Et quand on te sert autre chose, tu fais « bof » — t’aurais dû préciser.
9 — À l’étranger, tu dis « entre Nice et Marseille, vraiment près de Saint-Tropez »
Parce que Toulon tout court, personne ne situe. Saint-Tropez, c’est la caution bling-bling ; Nice et Marseille, les balises cardinales. La personne fait « Ah oui ! » alors que tu sais très bien qu’elle visualise toujours rien — mais tu souris en Varois fier et résigné.
10 — Tu distingues Solliès-Ville, Solliès-Pont et Solliès-Toucas, et tu sais lequel est le vrai
Trois communes, un seul bassin, des querelles de clocher ancestrales. La figue de Solliès est AOP depuis 2006, mais dans ton cœur, y’en a UN qui est le vrai Solliès — et c’est pas celui des deux autres, perdón.
11 — Cuverville, tu l’appelles « bite vers mer » et tu assumes
Quand un Toulonnais lit le panneau, il entend « cul vers ville », et en argot local, « cul » c’est « bite ». Cuverville → cul vers ville → bite vers mer. Le cheminement phonétique est implacable, et ça fait rire les gamins du Var depuis trois générations.
12 — La Seyne, elle est « sur mer », et tu rectifies systématiquement
La Seyne-sur-Mer. Pas « La Seyne » tout court. Elle est posée sur la Méditerranée, avec ses chantiers navals historiques. Oublier le « sur mer », c’est comme oublier le « RCT » dans Rugby Club Toulonnais — ça se fait pas.
13 — Le mistral, tu sais qu’il peut souffler trois jours, et tu surveilles ton parasol
Ce vent froid et sec qui dévale la vallée du Rhône et balaie le Var avec une régularité d’horloge suisse. Tu as appris à ne jamais laisser un parasol sans surveillance sur la plage du Mourillon. Le mistral rend fou — littéralement — mais tu l’aimes quand même, parce qu’il nettoie le ciel comme nulle part ailleurs.
14 — Le cagnard, tu connais, et tu sais qu’à midi faut rester à l’ombre
Le soleil varois qui tape fort, celui qui transforme le bitume du port en miroir tremblotant. Rester au cagnard à midi en juillet, c’est signer pour une insolation. « Rentre, y’a le cagnard ! » est une phrase d’amour en Provence.
15 — « Tu crains dégun, tu te grattes les aliboffi, et tu vois des pacholles »
Le mème varois par excellence. « Aliboffi » = testicules. « Pacholle » = femme aux mœurs légères. Même toi tu sais pas exactement ce que ça signifie dans son entièreté — mais tu le dis quand même, parce que c’est ça, l’esprit varois.
16 — T’as au moins deux potes un peu mythos, mais c’est ça qui est bon
Celui qui te raconte que la femme de Chabal a visité son service à Font-pré, que leurs minots sont à Carqueiranne. Bref, t’as des potes qui enjolivent — mais autour d’un pastaga, on refait le monde, et c’est pas grave si c’était peut-être juste au marché de Hyères. L’important, c’est le récit.
17 — « Peuchère », tu sais que ça peut être de la compassion ou une moquerie déguisée
« Peuchère » = « pécheur », pauvre de lui. Dit avec douceur, c’est de l’empathie. Dit avec un demi-sourire, c’est « t’as bien cherché, mon pauvre ». Ta grand-mère maîtrisait l’art du peuchère à double tranchant — toi, tu t’entraînes encore.
18 — « Boulègue ! » fait partie de ton vocabulaire quotidien
Du provençal bolegar — bouger, se grouiller. « Boulègue, on va être en retard au match ! » C’est le mot qu’on lance quand quelqu’un traîne, infiniment plus expressif qu’un simple « dépêche-toi ». Tu te rappelles que c’est du provençal seulement quand un non-Varois te regarde avec des yeux ronds.
19 — Tu sais faire la différence entre une cagole et une bazarette
La cagole, c’est celle qui en fait trop : maquillage, bijoux, bronzage, brushing impeccable à 40 degrés. La bazarette, c’est la commère du quartier, celle qui sait tout sur tout le monde avant les intéressés. Tu peux être les deux, mais c’est rare — et la distinction est cruciale pour comprendre la sociologie varoise.
20 — Le Pilou-Pilou est un chant sacré, pas une sauce pour les pâtes
« Ah ! Les voilà, les voilà ! Ceux du Pilou-Pilou ! » Si ces paroles ne déclenchent rien en toi, c’est que t’as jamais mis les pieds à Mayol. Ce chant de guerre absurde et magnifique raconte une tribu varoise, un guerrier katmandou et une reine. Et ça n’a rien à voir avec une quelconque sauce — faut le préciser pour les non-initiés.
21 — Tu as déjà donné un rendez-vous « à cul vers ville » sans le moindre sous-entendu
« Cul vers ville », c’est la statue de la place Puget : le Génie de la Navigation, nu, qui tourne le dos à la mairie. Essaie d’expliquer ce point de rendez-vous à quelqu’un qui vient d’arriver — tu vas passer cinq minutes à jurer que non, c’est pas une blague salace, c’est de la toponymie locale.
22 — Tu ne demandes jamais de sauce dans un kebab sur le port
Une légende urbaine toulonnaise raconte que les sauces du port sont… discutables. Personne n’a vérifié, mais tout le monde respecte la règle : kebab nature, point. C’est un de ces mystères varois qu’on transmet sans poser de questions.
23 — « On se prend un petit pastaga ? » signifie pastis, et refuser est un camouflet social
S’il est 11h et qu’on te propose un « petit jaune », c’est pas une question — c’est un test. Tu peux dire oui et faire durer le verre une heure, c’est accepté. Dire non sec, c’est accepter de devenir « celui qui boit pas de pastis » pour les dix prochaines années. À tes risques et périls.
24 — Le téléphérique du Mont-Faron, tu l’as pris une fois en sortie scolaire en 1997
584 mètres au-dessus de la rade, vue à couper le souffle sur les îles d’Hyères et Giens. Tu le montres aux touristes, t’en es fier — mais toi, tu l’as pris une fois. CM2, 1997. Et ça fait trente ans que tu dis « faudrait que j’y retourne » sans jamais le faire. C’est ça, être Varois : vivre au pied d’un des plus beaux panoramas de Méditerranée et jamais prendre le temps d’y monter.
Et toi, c’est quoi ton signe de Varois que j’ai oublié ? Celui qui te fait dire « ah ça, c’est tellement nous » et que personne en dehors du 83 peut comprendre ? Balance en commentaire. Allez, je compte sur toi. Et si t’as un pote varois qui se reconnaît là-dedans, tu sais quoi faire.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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