Le Var, c’est pas juste ton département de cœur. C’est les calanques, le Faron, la corniche des Maures, les marchés provençaux où tu reconnais les tiens au premier accent. Tu sais que t’es Varois, tu le revendiques, et t’as raison. Mais t’es-tu déjà demandé à quoi ressemblaient les tout premiers habitants du coin ? Ceux qui arpentaient ces collines et ces rivages bien avant que le mot « Var » existe, bien avant les Romains, bien avant que quiconque pense à planter un olivier ? J’ai creusé la question — et franchement, ce que la science a trouvé, c’est pas du tout l’image que tu te fais.
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Les tout premiers Varois avaient la peau foncée
Je te le dis cash : les chasseurs-cueilleurs qui vivaient sur le territoire de l’actuel Var au Mésolithique — y’a environ 15 000 à 5 000 ans — portaient les allèles ancestraux des gènes de pigmentation. Dit plus simplement : leur peau était foncée. Probablement très foncée. Et c’est pas une exception locale, un truc de Méditerranéens (on est spéciaux, mais pas à ce point-là ^^). C’est l’état ancestral de l’humanité tout entière.
La peau claire qui te paraît si naturelle aujourd’hui, c’est une adaptation tardive — une anomalie évolutive qui a mis des milliers d’années à s’imposer. Tes tout premiers ancêtres varois, eux, ils n’en avaient pas encore le code génétique. Et c’est pas une théorie : c’est de la génétique des populations, sourcée jusqu’à l’os.
Et cette peau foncée, c’est quoi exactement ?
Attention, je te vois venir avec tes cases mentales. On parle pigmentation, pas catégories raciales modernes — qui n’ont strictement aucun sens pour des populations d’il y a 10 000 ans. Les termes exacts des généticiens, c’est « dark to black » pour la peau, ou « allèles ancestraux de pigmentation ». C’est pas moi qui invente — c’est l’équipe du Natural History Museum de Londres et de l’University College London qui l’a établi.
Le cas le plus médiatisé, c’est Cheddar Man, un squelette découvert dans le Somerset anglais, daté d’environ 10 000 ans. Son génome complet a été séquencé en 2018, et l’outil de prédiction forensique utilisé par les chercheurs le place dans les deux catégories de pigmentation les plus intenses sur cinq — les catégories claires étant formellement exclues. La reconstruction indique une peau foncée à noire, des cheveux noirs et frisés. Il portait aussi le variant génétique des yeux bleus — un trait documenté chez certains chasseurs-cueilleurs d’Europe du Nord-Ouest, dont l’extension exacte à la région varoise n’est pas établie avec certitude, mais qui reste fascinant.
Et c’est pas un cas isolé. La Braña 1, un chasseur-cueilleur espagnol d’environ 7 000 ans, retrouvé près de León, porte lui aussi les allèles ancestraux des gènes SLC24A5 et SLC45A2 — les deux gènes majeurs de la peau claire chez les Européens modernes. Le chercheur Carles Lalueza-Fox, du CSIC espagnol, le dit sans détour : « cet individu possédait les versions africaines des gènes qui déterminent la pigmentation claire des Européens actuels, ce qui indique qu’il avait la peau sombre. » (Je traduis pour ceux qui comme moi n’ont pas fait prépa bio.)
Deux squelettes, deux extrémités de l’Europe occidentale, même conclusion. La peau foncée des premiers chasseurs-cueilleurs d’Europe, c’est la norme, pas l’exception. Et tes ancêtres varois s’inscrivent pleinement dans ce tableau : le profil génétique WHG (Western Hunter-Gatherer) couvrait tout l’ouest du continent, Méditerranée comprise.
Quand la peau a-t-elle changé ?
L’éclaircissement cutané s’est fait par vagues, sur des millénaires — pas d’un coup de baguette magique. Laisse-moi te résumer ça en deux mouvements.
Première vague, environ 8 000 ans avant notre ère : des agriculteurs venus d’Anatolie (la Turquie actuelle, pour situer) migrent vers l’Europe, céréales et bétail sous le bras. Ces populations portent déjà à haute fréquence l’allèle dérivé du gène SLC24A5, l’un des deux gènes clés de la dépigmentation — quasi absent chez les chasseurs-cueilleurs WHG. L’agriculture qui se répand dans le Midi, c’est aussi une nouvelle génétique qui s’installe.
Deuxième vague, environ 4 500 ans avant notre ère : une migration massive déferle depuis les steppes eurasiennes — la culture Yamnaya, au sud de la Russie et de l’Ukraine actuelles. Ces pasteurs apportent avec eux les chevaux, la roue, les langues indo-européennes, et des allèles supplémentaires de dépigmentation, notamment via le gène SLC45A2. Les Européens du nord et du centre modernes leur doivent environ 40 à 54 % de leur ascendance.
Résultat : trois couches superposées, comme un bon mille-feuille. Les chasseurs-cueilleurs WHG (peau foncée, couche fondatrice). Les agriculteurs anatoliens (peau plus claire, agriculture). Les pasteurs des steppes (pigmentation variable, langues indo-européennes). Toi, Varois d’aujourd’hui, t’es le mélange vivant de ces trois vagues — avec un supplément de caractère méditerranéen par-dessus, évidemment.
Et la peau claire généralisée ? Elle ne s’impose qu’autour de l’Âge du Fer, il y a environ 3 000 ans. Les pyramides d’Égypte existaient déjà depuis un bail quand les Européens ont commencé à blanchir à vue d’œil. La prochaine fois qu’on te parle d’identité immuable, tu pourras ressortir celle-là.
Et dans l’Antiquité, qui peuplait le Var ?
Bon, on quitte la préhistoire pour arriver aux vrais ancêtres culturels du coin — ceux qui ont laissé des traces écrites, des ruines, et un caractère bien trempé.
Avant les Romains, le territoire varois, c’était le domaine des Ligures. Ce peuple, dont l’origine est encore débattue — probablement pré-indo-européen selon certains historiens, indo-européen ancien selon d’autres — préexistait à l’arrivée des Celtes en Provence. Ils étaient là avant tout le monde, en somme. Puis sont venus se mêler à eux les Celtes, formant ce qu’on appelle la confédération celto-ligure. La plus puissante fédération de la région ? Les Salyens (Salyes ou Salluvii en latin), qui regroupaient une dizaine de peuples entre le Rhône et le Var. Des gars pas commodes, visiblement, puisque Marseille a fini par appeler Rome au secours.
Présence grecque. Parce que dans le Var, on n’a pas attendu les Romains pour avoir du style : les Grecs de Massalia (Marseille) ont fondé plusieurs comptoirs sur la côte varoise bien avant. Tauroeis (Le Brusc), Olbia (Hyères, vers 325 av. J.-C.) et Aegytna (Agay). Olbia, « colonie-forteresse », est la mieux conservée — un poste militaire et commercial directement posé face à la Grande Bleue. Tu peux encore la visiter à Hyères, et crois-moi, ça vaut le détour.
Romanisation. En 125 av. J.-C., Marseille, excédée par les raids salyens, appelle Rome à la rescousse. L’intervention romaine dure jusqu’en 121 av. J.-C. : quatre ans de guerre qui s’achèvent par la défaite des Salyens. Aix-en-Provence (Aquae Sextiae) est fondée en 122 av. J.-C. par le consul Caius Sextius Calvinus — au pied de l’oppidum d’Entremont, capitale salyenne. Le Var entre dans la sphère romaine, et il n’en sortira plus vraiment.
Le clou du spectacle, c’est Forum Julii — notre Fréjus actuel. Fondée par Jules César vers 49 av. J.-C. pour contrer l’influence de Marseille, la ville devient sous Auguste la seule base navale de la flotte militaire romaine en Gaule, et la deuxième de tout l’Empire après Ostie. Rien que ça. Auguste y fit amarrer une partie de la flotte capturée à Actium, en 31 av. J.-C. — la bataille qui mit fin à Marc Antoine et Cléopâtre. Aujourd’hui encore, Fréjus conserve les vestiges de son amphithéâtre, de son aqueduc romain de 40 kilomètres et de son port antique. T’imagines ? Ta ville balnéaire préférée était le QG naval d’Auguste. C’est pas rien.
Alors, fier de tes racines ?
Tu vois le tableau. Les tout premiers habitants du Var n’avaient ni peau claire ni polo « RCT champion d’Europe ». Et franchement, c’est une excellente nouvelle. Parce que ce que ça raconte, c’est bien plus grand que les petites obsessions identitaires qu’on se trimballe aujourd’hui.
Être Varois, c’est porter en toi cette histoire stratifiée sur des millénaires : les chasseurs-cueilleurs mésolithiques qui arpentaient le massif des Maures, les agriculteurs anatoliens qui ont planté les premiers blés du Midi, les pasteurs des steppes qui ont apporté la langue et les chevaux, les Ligures et les Celtes qui ont résisté à Rome, les Grecs qui ont fondé Olbia face à la mer, et pour finir ce Forum Julii monumental où Auguste amarra sa flotte victorieuse. C’est pas un CV de ministre, ça ? C’est mille fois mieux.
Alors oui, t’as de quoi bomber le torse. Pas parce que tes ancêtres ressemblaient à ceci ou à cela — mais parce qu’ils étaient tout ça à la fois, que chaque couche a laissé son empreinte, et que toi, aujourd’hui, t’en es le résultat vivant. Avec l’accent qui va bien.
Tu pensais que les premiers Varois ressemblaient à quoi avant de lire ça ? Dis-le en commentaire — je suis vraiment curieux de voir comment vous les imaginiez.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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