Tu sais que tu es Réunionnais quand…
J’ai fouillé les vieux forums, les commentaires Facebook, les blogs qui datent de 2008, les groupes communautaires où les Réunionnais se lâchent entre eux — et franchement, vous m’avez pas déçu. Ce qui ressort, c’est une fierté d’être d’ici, un attachement viscéral à l’île, et un humour que les Métros mettront dix ans à décoder.
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Bouffe, dialecte, météo, caractère — un peu de tout.
Allez, on y va. Tu sais que tu es Réunionnais quand :
La bouffe, évidemment
1 — Tu refuses catégoriquement le sucre blanc de betterave. Si ça crépite pas dans ton yaourt, c’est pas du sucre, point. Le sucre de canne, c’est le goût de l’enfance, et tout le reste est une hérésie — (j’ai essayé une fois en métropole, j’ai cru que j’avais avalé du plâtre).
2 — Tu sais qu’un pain américain, c’est frites-jambon-gruyère dans un pain baguette. Pas un steak haché déguisé en burger. Le jour où tu commandes ça à Paris, le boulanger te regarde comme si tu parlais martien.
3 — On te sert un cassoulet, un bourguignon, une blanquette — et toi, tu soulèves discrètement pour vérifier où ils ont planqué le riz. Parce que chez toi, le riz est sous TOUT. Riz matin, riz midi, riz soir. Un plat sans riz, c’est pas un plat.
4 — Tu as passé des heures à expliquer à tes collègues métros que le « bonbon piment » n’est pas une confiserie saupoudrée de paprika. C’est un beignet épicé aux lentilles. Et c’est mille fois meilleur qu’un Haribo, désolé.
5 — La vue d’un letchi te serre le cœur parce que décembre approche et que tu sais très bien que tu n’en mangeras pas cette année. Le letchi, c’est Noël. Point. Être loin de l’île en décembre, c’est une double peine : pas de famille ET pas de letchis.
La météo (ou l’art de mourir de froid à 18°C)
6 — Tu te balades en savates le 1er décembre, pendant que tes potes métros enfilent des Moon Boots. Chez toi, l’hiver c’est juste « mettre un t-shirt en plus le matin » — (et encore, t’enlèves vers 9h).
7 — Dès que le thermomètre descend sous 20°C, tu ressembles au Bibendum Michelin avec quatre couches de vêtements. Tes amis métropolitains te regardent avec un mélange de pitié et d’incompréhension. Tu as froid à 18°C, c’est physiologique, ne nous jugez pas.
Le créole, cette langue que les Métros ne décoderont jamais
8 — Tu dis « à soir » au lieu de « ce soir », et « cet été » pour parler du mois de janvier. Logique : janvier = été, non ? C’est pas toi qui es décalé, c’est la France qui est à l’envers — (enfin ça, c’est ce que tu te dis quand tu remplis ta énième déclaration d’impôts).
9 — Tu prononces le « t » de Payet, de Hoareau, de Grondin. Et franchement, t’as jamais compris pourquoi on te pose la question. C’est EUX qui prononcent mal leurs propres noms. Payet, ça rime avec « fête », pas avec « payé ».
10 — Tu dis « je vais vitement au supermarché » et tu ne vois absolument rien d’anormal. C’est plus rapide que « rapidement », c’est plus punchy que « vite » — pourquoi le français standard n’a pas adopté ce mot génial, c’est un mystère.
11 — Tu parles de « savates » pour les tongs, de « GSM » pour le portable, tu dis « il farine » quand il tombe une petite pluie fine, et « ça m’a poiké la bouche » quand le piment t’arrache la gueule. Tes collègues métros mettent minimum six mois à décoder la moitié de tes phrases.
12 — Tu réponds « rescap » quand on te demande comment ça va. Tu lâches un « Wex ! » d’enthousiasme. Tu qualifies tout ce qui est nul d’un « c’est mol » définitif. Le créole, c’est une palette d’émotions que le français ne sait tout simplement pas exprimer.
13 — Tu appelles toutes tes copines « ma fille » et tous tes potes « té gars » — et les Métros mettent trois mois à comprendre que non, tu n’as pas soudainement déclaré 47 liens de filiation improbables. C’est chaleureux, c’est spontané, c’est nous.
Le caractère réunionnais (ou comment survivre hors de l’île)
14 — Tu détectes un accent créole à 100 mètres à la ronde, même dans le métro de Tokyo ou un bus londonien à 1h du matin. Et quand t’en croises un, t’EXPLOSES de joie. Famille instantanée. Les locaux comprennent rien, mais c’est pas grave — (ça m’est arrivé à Montréal, j’ai failli faire tomber un inconnu de sa chaise tellement je lui ai sauté dessus).
15 — Tu tapes dans tes mains pour arrêter le bus. Le jour où tu débarques en métropole, tu passes 20 minutes au arrêt de bus à taper dans tes mains comme un con avant de comprendre que non, le chauffeur ne s’arrêtera pas. Et pareil à la station-service : tu attends dans ta voiture qu’un pompiste vienne. Spoiler : il vient pas.
16 — Tu ne rentres jamais chez toi à minuit pile. Sauf en marche arrière. C’est comme ça, les anciens l’ont dit, et franchement tu vas pas prendre le risque de vérifier si c’est vrai ou pas, hein.
17 — Tu ne comprends pas le racisme. Vraiment pas. Pas par naïveté — mais parce que ton île est un kaléidoscope de cultures, de religions, de couleurs de peau depuis des siècles. Pour toi, le multiculturalisme n’est pas un concept de sociologue, c’est ta rue, ta salle de classe, ton repas de famille.
Traditions et culture : le pique-nique, c’est sacré
18 — Tu as plusieurs Nouvel An dans ton calendrier : le 1er janvier, le Nouvel An chinois, le Nouvel An tamoul… et tout le monde fête tout ensemble. Les voisins hindous viennent au repas de Noël chrétien, les musulmans apportent le dessert — (et toi tu fais juste le calcul : combien de jours fériés bonus cette année ? ^^).
19 — Un pique-nique, pour toi, c’est pas un sandwich triangle industriel dans un parc. C’est minimum 3 carrys différents, du zembrocal, du rougail saucisses, 25 membres de la famille élargie, la musique à fond, et t’arrives à 6h du matin pour choper la meilleure table. Ce que les Métros appellent « pique-nique » frôle l’insulte gastronomique.
20 — Pour toi, les numéros d’urgence sont : police, SAMU, pompiers… et Radio Freedom. Cette radio annonce les accidents avant les secours, retrouve les objets perdus, fait même office d’agence matrimoniale après 22h. Une institution, ni plus ni moins.
La géographie, à la réunionnaise
21 — Tu sais que « la Jamaïque » n’est pas un pays des Caraïbes. C’est un virage sur la 4-voies de Gillot — et oui, ça pue. À cause des champs de canne et de la distillerie à côté. Les touristes ne captent jamais la blague, et c’est très bien comme ça — (petit plaisir coupable : voir leur tête quand tu leur dis « on se retrouve à la Jamaïque » et qu’ils cherchent leur passeport).
La rivalité discrète avec la Métropole
22 — Tu dis « la Métropole » pour parler de la France continentale, et tu trouves ça parfaitement normal. Pas « la France ». Parce que la Réunion, c’est la France aussi. Juste à 10 000 kilomètres. C’est la base — (et quand un Métro te dit « tu rentres en France pour les vacances ? », tu sens une petite veine palpiter sur ta tempe).
23 — Tu remplis un formulaire administratif, tu arrives à la case département, et là : DEUX cases. Pendant que tous les départements métropolitains en ont trois. 97 / 4. Tu ris jaune. C’est le symbole de ta vie entière — administré, mais jamais tout à fait dans les cases.
Et toi, c’est quoi ton truc de Réunionnais que j’ai oublié ? Le petit détail qui trahit instantanément que tu viens de là-bas ? Balance en commentaire, j’ai l’impression qu’on pourrait facilement monter à 50 points avec cette communauté de malades. Le riz-beurre-gruyère des Métros, je l’ai même pas mis, et pourtant…
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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