J’ai passé mes années de lycée à regarder les mouettes par la fenêtre pendant les cours d’histoire, je l’avoue. Résultat : de l’Espagne, je ne connaissais que la paella, la sieste et un vague souvenir de Colomb qui part à l’ouest pour trouver l’est. Alors j’ai rouvert les livres à ta place, et j’en ai tiré les 12 dates qu’il te faut pour comprendre ce pays qui a dominé le monde avant de s’inventer une seconde vie.
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1 – 74 : Vespasien offre le droit latin à toute l’Hispanie
En l’an 74, l’empereur Vespasien octroie le droit latin à toute l’Hispanie, ce qui donne à chaque citadin libre un statut juridique intermédiaire, avant la pleine citoyenneté romaine. La péninsule, conquise depuis 218 av. J.-C. et déjà découpée en provinces, bascule doucement dans le moule romain. La langue, le droit, les villes et l’agriculture irriguée s’imposent pour de bon (moi qui ai appris l’espagnol, je remercie Vespasien d’avoir préparé le terrain). L’Hispanie rend ensuite la pareille à Rome en lui donnant des empereurs comme Trajan ou Hadrien, et des esprits comme Sénèque.
2 – 589 : Récarède impose un seul christianisme à Tolède
Le roi wisigoth Récarède Ier réunit le IIIe concile de Tolède en 589 et y fait officialiser la conversion de son peuple, qui abandonne l’arianisme pour le christianisme nicéen. D’un coup, l’élite gothique et les Hispano-Romains se retrouvent autour d’une même religion, et l’Église prend un poids politique qui ne la quittera plus. Saint Isidore de Séville, le grand cerveau du royaume, compte parmi les artisans de ce rapprochement. (Quand la religion devient le ciment d’un peuple, ça ne se défait plus, pour le meilleur et pour le pire.)
3 – 756 : Abd al-Rahman Ier coupe Cordoue de Bagdad
Rescapé du massacre de sa famille par les Abbassides, Abd al-Rahman Ier traverse le Maghreb puis s’empare de Cordoue en 756. Il s’y proclame émir et fonde une dynastie qui tourne le dos au califat de Bagdad : l’émirat omeyyade de Cordoue est né, et il deviendra califat en 929. La ville se met à rayonner, et sa Grande Mosquée devient le symbole d’un essor culturel qui fera de l’Andalousie un phare du savoir. (Et dire qu’il a failli y rester pendant sa cavale, c’est le genre de retour de bâton dont l’histoire a le secret.)
4 – 1212 : Las Navas de Tolosa brise la puissance almohade
Le 16 juillet 1212, une coalition chrétienne menée par Alphonse VIII de Castille, Pierre II d’Aragon et Sancho VII de Navarre écrase l’armée almohade à Las Navas de Tolosa. Présentée comme une croisade par le pape Innocent III, la bataille ouvre aux royaumes chrétiens la vallée du Guadalquivir. Cordoue tombe en 1236, Séville en 1248, et il ne reste bientôt plus que le royaume de Grenade. (Autant te dire que la Reconquista, c’était un marathon de sept siècles, avec ses sprints et ses longues pauses.)
5 – 1469 : Isabelle et Ferdinand marient deux couronnes
Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon se marient en 1469 à Valladolid, et les deux grandes couronnes de la péninsule se rapprochent. Attention, on reste dans une union dynastique : chaque royaume conserve ses lois, sa monnaie et ses institutions, et l’État espagnol unifié n’existe pas encore. Le couple, que le pape finit par qualifier de « rois catholiques », gouverne main dans la main, installe l’Inquisition et achève la Reconquista. (On parle d’un mariage politique, hein, mais force est de reconnaître que ça a plutôt bien collé.)
6 – 1492 : Grenade tombe, les Juifs sont expulsés, Colomb traverse l’Atlantique
1492 est une année à triple détente. Le 2 janvier, la prise de Grenade met fin à huit siècles de présence musulmane dans la péninsule. Quelques mois plus tard, les rois catholiques signent le décret d’expulsion des Juifs, puis Colomb atteint les Antilles sous leur patronage. L’union dynastique de 1469 se mue en puissance atlantique et en monarchie confessionnelle (tout ça la même année, il fallait une sacrée équipe de communicants). 1492 reste la charnière entre le Moyen Âge ibérique et l’empire mondial.
7 – 1609 : Philippe III expulse les Morisques
Philippe III signe le 9 avril 1609 le décret d’expulsion des Morisques, ces descendants de musulmans convertis au christianisme. Les départs s’échelonnent jusqu’en 1614 et touchent, selon les historiens, entre 150 000 et plusieurs centaines de milliers de personnes au total. Le royaume perd une main-d’œuvre agricole et artisanale précieuse, surtout dans le Levant et en Aragon. (Expulser les gens qui font tourner l’économie, c’est un grand classique des mauvaises idées du pouvoir.) Cette expulsion prolonge l’idéal d’une Espagne religieusement homogène.
8 – 1713 : Utrecht installe les Bourbons et ampute l’empire
Les traités d’Utrecht referment la guerre de Succession d’Espagne et installent Philippe V, petit-fils de Louis XIV, sur le trône. En échange, il doit céder les Pays-Bas espagnols, Naples, Milan et la Sardaigne, pendant que Gibraltar et Minorque passent à la Grande-Bretagne. L’empire européen des Habsbourg d’Espagne se réduit comme peau de chagrin. La nouvelle dynastie des Bourbons engage ensuite une centralisation administrative, notamment par les décrets de Nueva Planta. (Les Bourbons, c’est un peu le remembrement administratif avant l’heure.)
9 – 1812 : Cadix vote la première constitution espagnole
Le 18 mars 1812, alors que Cadix est assiégée par les troupes napoléoniennes, les Cortès promulguent une constitution d’inspiration libérale. Le texte proclame la souveraineté de la nation, établit l’égalité devant la loi et dessine une monarchie constitutionnelle. Ferdinand VII, restauré en 1813, l’abroge dès 1814, mais la constitution devient la référence du libéralisme espagnol. Surnommée « La Pepa » parce qu’elle tombe un jour de Saint-Joseph (c’est plus mignon dit comme ça), elle reste un mythe politique du XIXe siècle.
10 – 1898 : Cuba et les Philippines font tomber l’empire
La guerre hispano-américaine, livrée d’avril à août 1898, se solde par la défaite de l’Espagne. Le traité de Paris, signé le 10 décembre, lui fait perdre Cuba, Porto Rico, Guam et les Philippines, ses dernières grandes colonies. Le « désastre de 98 » provoque une crise nationale et nourrit le mouvement régénérationniste de la génération de 98. (Perdre un empire un jour de décembre, ça laisse des traces dans les livres comme dans les mémoires.) L’Espagne cesse d’être une puissance impériale mondiale.
11 – 1936 : Un coup d’État manqué ouvre trois ans de guerre
Le 17 juillet 1936, une partie de l’armée se soulève contre la Seconde République ; le putsch échoue dans plusieurs grandes villes mais déclenche la guerre civile. Le conflit oppose républicains et nationalistes jusqu’au 1er avril 1939, avec l’appui de puissances étrangères et au prix de violences massives commises par les deux camps. La victoire de Franco installe une dictature qui durera jusqu’en 1975. (Qu’on soit d’un bord ou de l’autre, une guerre civile laisse des cicatrices qui ne referment jamais.) La guerre reste l’une des fractures mémorielles majeures de l’Espagne contemporaine.
12 – 1986 : L’Espagne entre dans la Communauté européenne
Le 1er janvier 1986, l’Espagne adhère à la Communauté économique européenne, quatre ans après son entrée dans l’OTAN. L’adhésion couronne la transition démocratique et ouvre une longue phase de modernisation des infrastructures et de l’économie. Le pays s’ancre durablement dans la construction européenne et devient l’un des grands bénéficiaires des fonds structurels. (De l’empire mondial à l’Europe, l’Espagne a bouclé un sacré tour de piste.)
Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.
Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia consacrée à l’histoire de l’Espagne ainsi que sur les notices dédiées à chacun de ces événements. Rien d’exotique, juste de quoi ne pas raconter n’importe quoi à des gens qui, eux, connaissent leur pays par cœur.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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