Je suis toujours bluffé par l’Alsace. Chaque fois que je m’y replonge, je tombe sur un truc de dingue que personne ne m’avait jamais raconté à l’école. Alors je me suis dit que ça méritait bien une petite liste, histoire de te prouver que cette région est tout sauf ordinaire.
Découvre aussi la collection Ici & Là Alsace ici : les tee-shirts Alsace
1 – Le français est né en Alsace, un 14 février, il y a plus de 1 180 ans
Le 14 février 842, deux petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique, se jurent fidélité à Strasbourg contre leur frère aîné Lothaire. Pour être compris des soldats de l’autre camp, chacun prononce son serment dans la langue de l’adversaire : Louis en langue romane, Charles en langue tudesque. Le texte roman de ces « Serments de Strasbourg » est considéré comme l’acte de naissance de la langue française. C’est le plus ancien texte connu rédigé dans ce qui deviendra le français. Autrement dit, la première trace écrite de notre langue se trouve en Alsace (et moi qui croyais bêtement que tout avait commencé quelque part du côté de Paris).
2 – Pendant plus de deux siècles, le plus haut bâtiment du monde était alsacien
La flèche de la cathédrale de Strasbourg, ajoutée en 1439, culmine à 142 mètres. Entre 1647 et 1874, c’est-à-dire pendant près de 230 ans, elle a été le plus haut édifice du monde. Aucun autre monument de la planète ne la dépassait : ni les pyramides, ni les temples, ni les cathédrales d’ailleurs. Elle reste aujourd’hui la deuxième plus haute cathédrale de France après Rouen. Victor Hugo la qualifiait de « prodige du gigantesque et du délicat », et Goethe y aurait vécu ses premières amours (on ne s’ennuie jamais dans une cathédrale alsacienne, visiblement).
3 – La Marseillaise a été composée à Strasbourg, pas à Marseille
L’hymne national français est né dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, rue de la Mésange à Strasbourg. Rouget de Lisle, capitaine du génie en garnison dans la ville, y écrit ce qui s’appelle alors le « Chant de guerre pour l’armée du Rhin », à la demande du maire de Strasbourg, le baron de Dietrich. Le chant est exécuté pour la première fois chez le maire, puis en public sur la place d’Armes le 29 avril. Ce sont les fédérés marseillais qui, en l’adoptant comme chant de marche vers Paris, lui donneront son nom actuel de « Marseillaise ». L’ironie est savoureuse : le symbole national doit son nom à Marseille, mais sa naissance est strasbourgeoise (et je te parie que tu la chantes sans jamais t’être posé la question).
4 – Mulhouse a longtemps été une république indépendante, alliée des Suisses
Bien avant d’être française, Mulhouse était une cité-État. Ville d’Empire dès 1308, elle se détache du Saint-Empire en 1515 pour devenir une république indépendante, alliée aux cantons suisses. Pendant près de trois siècles, elle a vécu en dehors du royaume de France, gouvernée par son propre bourgmestre et ses corporations. Il a fallu attendre 1798, en pleine Révolution, pour que Mulhouse vote sa réunion à la France. La ville a donc été « française » plusieurs siècles après Strasbourg (de quoi brouiller un peu toutes nos cartes mentales de l’histoire régionale).
5 – La guerre de Trente Ans a tué la moitié des Alsaciens
Entre 1618 et 1648, l’Alsace a traversé l’un des épisodes les plus dévastateurs de son histoire. Théâtre majeur de la guerre de Trente Ans, la région a été ravagée par les combats, les famines et les épidémies qui ont accompagné les armées de mercenaires. Le bilan est vertigineux : l’Alsace a perdu environ la moitié de sa population en trois décennies. C’est au sortir de cette catastrophe que la région bascule progressivement sous contrôle français, avec le traité de Westphalie de 1648 (une page qu’on survole trop vite en classe, alors qu’elle a tout changé).
6 – L’Alsace a changé de pays quatre fois en 74 ans
Peu de territoires au monde ont connu une telle valse des frontières. Annexée par l’Empire allemand en 1871 après la guerre franco-prussienne, l’Alsace redevient française en 1919 avec le traité de Versailles. Elle est à nouveau annexée, de facto, par l’Allemagne nazie en 1940, avant de revenir à la France en 1944-1945. Quatre changements de nationalité en 74 ans, entre 1871 et 1945. Cette histoire de va-et-vient a profondément forgé l’identité alsacienne, entre deux puissances qui se la sont disputée pendant des siècles (tu imagines devoir changer de langue et d’école à chaque génération, toi ?).
7 – Plus de 100 000 Alsaciens ont été enrôlés de force dans l’armée de Hitler
À partir d’août 1942, les Alsaciens annexés par le IIIe Reich ont été incorporés de force dans la Wehrmacht et, pour beaucoup, dans la Waffen-SS. Ces « Malgré-nous », comme on les appelle, étaient 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans, envoyés pour la plupart sur le front de l’Est combattre l’armée soviétique. Beaucoup étaient mineurs, parfois à peine dix-sept ans. Ceux qui tentaient de refuser ou de déserter risquaient la déportation ou les représailles contre leur famille. Ce pan douloureux de l’histoire, longtemps resté tabou, est aujourd’hui au cœur de la mémoire régionale (et mérite qu’on prenne le temps de l’écouter vraiment).
8 – Le seul camp de concentration nazi installé en France était en Alsace
Le camp de Natzweiler-Struthof, situé dans la vallée de la Bruche, est le seul camp de concentration établi par les nazis sur le territoire français. Ouvert en 1941 pour exploiter le granite rose vosgien, il a enregistré environ 50 000 prisonniers de trente-deux nationalités, et l’on estime à 17 000 le nombre de morts dans le camp et son réseau d’annexes. Des expériences médicales y ont été pratiquées. Son existence découle directement du statut particulier de l’Alsace, annexée par le Reich, et constitue l’un des faits les plus méconnus de l’histoire française de la Seconde Guerre mondiale (c’est le genre d’endroit qu’on ressort en silence, et ça vaut le détour pour ne pas oublier).
9 – En Alsace, les prêtres, les pasteurs et les rabbins sont payés par l’État
C’est l’une des curiosités juridiques les plus étonnantes de France. Le régime spécifique des cultes d’Alsace-Moselle, hérité du Concordat de 1801 jamais abrogé dans la région, reconnaît officiellement quatre cultes : catholique, luthérien, réformé et israélite. Concrètement, les ministres de ces cultes (prêtres, pasteurs, rabbins) sont salariés par l’État, via le ministère de l’Intérieur. Mieux : le président de la République française est le dernier chef d’État au monde à nommer des évêques catholiques, ceux de Strasbourg et de Metz. Une exception qui remonte à l’époque où l’Alsace-Moselle était allemande, au moment de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 (avoue que tu as dû relire pour être sûr d’avoir bien compris ^^).
10 – Six bières françaises sur dix sont brassées en Alsace
L’Alsace est la première région brassicole de France, et de loin. Ses quatre grandes brasseries du Bas-Rhin (Kronenbourg, Licorne, Meteor et l’Espérance) assurent à elles seules environ 60 % du volume de bière produit en France, soit près de 11 millions d’hectolitres. La région est aussi la première productrice française de houblon, avec 415 hectares plantés, et une variété locale emblématique, le Strisselspalt. Cette tradition s’explique par l’histoire germanique de la région, la bière y ayant toujours occupé une place centrale aux côtés du vin (et là, tu comprends mieux pourquoi les brasseries y sont des institutions).
11 – Le plus ancien marché de Noël de France se tient à Strasbourg depuis 1570
Le Christkindelsmärik, littéralement « marché de l’enfant Jésus », existe à Strasbourg depuis 1570. Il a longtemps été le seul marché de Noël de France, alors que les autres villes n’ont adopté la tradition que bien plus tard. Aujourd’hui, il attire plus de trois millions de visiteurs chaque année, venus du monde entier, entre le premier samedi de l’Avent et le 24 décembre. Cette tradition de près de cinq siècles fait de Strasbourg une capitale de Noël reconnue internationalement (et moi qui pensais que le marché de Noël était un truc qu’on avait inventé la semaine dernière).
12 – Quatre Alsaciens sur dix parlent encore l’alsacien, et ce n’est pas leur seule langue
En 2012, 43 % de la population alsacienne se déclarait dialectophone. L’alsacien n’est pas une langue unique, mais un ensemble de parlers alémaniques proches du suisse allemand, hérités des Alamans installés dans la région dès l’Antiquité tardive. S’y ajoutent d’autres langues régionales : le francique au nord, le welche, un parler roman, dans certaines vallées vosgiennes, ou encore le yiddish alsacien, parlé par les communautés juives de la région. Ce patchwork linguistique, longtemps combattu par les politiques d’assimilation successives, survit malgré tout, porté par la transmission familiale et un regain d’intérêt récent (et c’est exactement ce genre de richesse qu’on gagne à préserver plutôt qu’à laisser filer).
T’en connaissais combien ? Si t’as un fait sur l’Alsace que j’ai oublié, balance-le en commentaire, je suis curieux de voir ce que la région nous réserve encore.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

Laisser un commentaire