L’histoire de la Guadeloupe pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Bannière : l'histoire de la Guadeloupe en 12 dates

Allez, avoue : au lycée, les cours d’histoire, tu les séchais plus souvent qu’à ton tour. Les dates, ça te filait des boutons, et la Guadeloupe, tu savais à peine la placer sur une carte (moi aussi j’ai fait l’école buissonnière, je ne vais pas te faire la morale). Alors on rattrape ça ensemble, à la cool : douze dates, pas une de plus, pour comprendre cette île qui est bien plus qu’une carte postale.

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1 – Vers 300 av. J.-C. : les Arawaks, premiers habitants connus de l’archipel

Bien avant les plages de cocotiers, l’archipel est peuplé par des populations amérindiennes depuis au moins trois mille ans avant notre ère. Vers 300 av. J.-C. s’y installent les Arawaks, un peuple d’agriculteurs et de pêcheurs, premiers habitants amérindiens connus de l’archipel. Ils sont progressivement supplantés militairement par les Kalinagos, que les colons appelleront « Caraïbes », venus de l’actuel Venezuela (selon certaines sources, leur arrivée remonterait au VIIIe siècle). Basse-Terre aurait été appelée Karukera et Grande-Terre Cibuqueira, des noms amérindiens qui gardent la mémoire de cette époque, même si la tradition reste floue. Ces peuples ont façonné l’île et laissé des traces, comme les roches gravées de Trois-Rivières, et ça, c’est du vrai patrimoine qui ne doit rien à personne.

2 – 4 novembre 1493 : Christophe Colomb donne à l’île un nom espagnol

Lors de son deuxième voyage, Colomb aborde La Désirade puis Marie-Galante le 3 novembre, avant de débarquer le 4 novembre 1493 sur l’île principale. Il la baptise « Guadalupe », en hommage au monastère royal de Santa María de Guadalupe, en Estrémadure espagnole. Oui, le nom de ta Guadeloupe vient d’un sanctuaire au milieu de l’Espagne, pas d’un mot créole (je sais, ça surprend). Les Espagnols, qui n’y trouvent ni or ni grand profit, ne s’implantent pas durablement : l’île ne sert au XVIe siècle que de point de ravitaillement en eau douce et en bois.

3 – 28 juin 1635 : 150 Français fondent la colonie

Menés par Charles Liénard de L’Olive et Jean du Plessis d’Ossonville, cent cinquante Français, pour la plupart des Normands, débarquent le 28 juin 1635 à la Pointe Allègre, près de l’actuelle Sainte-Rose, mandatés par la Compagnie des îles d’Amérique. Pour l’essentiel, ce sont des « engagés », liés par un contrat de trois ans à un maître qui a payé leur traversée et peut les revendre (traverser l’Atlantique pour se retrouver à peu près serf, fallait vraiment avoir envie de fuir la Normandie). S’ouvre alors une guerre d’un quart de siècle contre les Kalinagos, que L’Olive déclare pour s’emparer de vivres et de femmes. Cette date marque le début de la colonisation française et d’une présence européenne durable.

4 – 4 septembre 1649 : un particulier s’offre l’île entière

En faillite, la Compagnie des îles d’Amérique vend la Guadeloupe le 4 septembre 1649 à son gouverneur Charles Houël et à son beau-frère Jean de Boisseret d’Herblay, pour 60 000 livres de pétun (tabac), plus un engagement annuel de 600 livres de sucre fin. Le tabac servait alors de monnaie d’échange aux Antilles, un peu comme si on te payait aujourd’hui en paquets de cigarettes (pratique, mais pas très stable comme épargne). S’instaure le « régime des seigneurs-propriétaires » : l’île devient une propriété privée dont les revenus échappent à tout contrôle de Paris. Houël y développe la culture de la canne à sucre, et la Guadeloupe entre dans l’ère de la plantation sucrière, celle qui façonnera sa société et appellera massivement à l’esclavage.

5 – 10 février 1763 : la France garde le sucre, cède le Canada

Par le traité de Paris signé le 10 février 1763, qui clôt la guerre de Sept Ans, la France récupère la Guadeloupe et la Martinique, mais cède définitivement le Canada et l’Acadie aux Britanniques. Les îles à sucre, très rentables, sont alors jugées plus précieuses que les vastes territoires nord-américains, ces « quelques arpents de neige » dont se moquait Voltaire (à l’époque, un planteur valait plus qu’un trappeur, c’est dire). L’île sortait à peine d’une première occupation anglaise, de 1759 à 1763. Ce choix dit tout de la place centrale du sucre, donc de l’esclavage, dans l’économie française du XVIIIe siècle.

6 – 4 février 1794 : la première abolition générale

Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention montagnarde abolit l’esclavage dans toutes les colonies françaises : première abolition générale décidée par une puissance coloniale européenne. Le commissaire Victor Hugues, débarqué le 3 juin avec mille hommes, chasse les Britanniques qui s’étaient emparés de l’île, avec l’aide de trois mille sans-culottes noirs, victoire acquise le 28 septembre 1794. Des dizaines de milliers d’esclaves guadeloupéens deviennent libres du jour au lendemain (essaie d’imaginer la scène, la nouvelle qui traverse les habitations). Cette abolition précoce, bientôt suivie d’un retour en arrière, pèsera lourd dans la mémoire de l’île.

7 – 16 juillet 1802 : Napoléon rétablit l’esclavage, Delgrès résiste

Huit ans après l’abolition, Bonaparte envoie le général Richepance reprendre la Guadeloupe. L’esclavage y est officiellement rétabli par l’arrêté du 27 messidor an X, le 16 juillet 1802, après la loi nationale du 20 mai 1802. La résistance est incarnée par le chef de bataillon Louis Delgrès et Joseph Ignace : Ignace se suicide le 26 mai, Delgrès et ses compagnons le 28 mai 1802 au Matouba, au cri de « vivre libre ou mourir » (une phrase qui ne se discute pas, même deux siècles plus tard). Richepance restreint ensuite la citoyenneté dans la colonie aux seuls Blancs. Delgrès devient une figure héroïque de la résistance guadeloupéenne.

8 – 27 mai 1848 : l’abolition définitive, grâce à Schœlcher

Sous la Deuxième République, le décret du 27 avril 1848, porté par Victor Schœlcher, abolit définitivement l’esclavage dans les colonies françaises. Le texte officiel n’arrive en Guadeloupe que le 5 juin, mais le gouverneur Jean-François Layrle, craignant une insurrection comme en Martinique, promulgue l’abolition dès le 27 mai 1848. L’ensemble des esclaves de l’île deviennent alors libres (et toi tu pensais que les démarches administratives étaient lentes aujourd’hui). Cette abolition met fin à plus de deux siècles d’esclavage colonial et reste la grande date commémorée de la Guadeloupe.

9 – 19 mars 1946 : la Guadeloupe devient un département français

La loi n° 46-451 du 19 mars 1946 transforme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion en départements français d’outre-mer. C’est l’aboutissement d’une revendication d’assimilation portée par des élus locaux, après l’épisode douloureux du régime de Vichy. La colonie devient juridiquement une partie intégrante de la République française, même si l’égalité sociale promise mettra des décennies à se concrétiser (le papier, c’est une chose, la réalité, c’en est une autre). Cette date fonde le statut administratif actuel de l’archipel.

10 – Août 1976 : la Soufrière se réveille

En 1976, la Soufrière entre en éruption phréatique avec des pluies de cendres. Par précaution, environ 73 600 habitants du sud de la Basse-Terre sont évacués, une fourchette de 70 000 à 76 000 selon les sources, pendant trois mois et demi, du 15 août au 18 novembre 1976, dans l’une des plus grandes opérations d’évacuation de l’histoire de France (déménager tout un coin d’île, ce n’est pas un week-end de camping). Le volcan ne provoque finalement aucune victime, mais l’épisode marque durablement les esprits. Il rappelle que la Guadeloupe est une terre volcanique, dominée par ce sommet encore actif.

11 – 26 novembre 2014 : le gwoka entre au patrimoine de l’humanité

En 2014, le gwoka, musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne, est inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, par une décision datée du 26 novembre 2014. Hérité des sociétés d’esclaves, ce tambour et ses rythmes sont au cœur de l’identité guadeloupéenne (et si tu n’as jamais entendu un léwoz résonner, tu rates quelque chose). Cette reconnaissance internationale consacre une pratique née de la résistance et de la mémoire. Elle fait du gwoka un symbole mondialement reconnu de la culture de l’archipel.

12 – 10 mai 2015 : le Mémorial ACTe est inauguré

Le 10 mai 2015, le Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, est inauguré à Pointe-à-Pitre par le président François Hollande, le jour de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Bâti sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier, ce musée monumental n’ouvre ses expositions au public que le 7 juillet 2015 (deux mois de calage entre le ruban coupé et les premières visites, c’est le temps de tout accrocher). Il fait entrer la reconnaissance de l’esclavage au cœur de l’espace public guadeloupéen et devient l’un des lieux de mémoire les plus visités de la Caraïbe.

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Pour écrire cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia consacrée à l’histoire de la Guadeloupe ainsi que sur les pages dédiées à chacun de ces événements. Rien d’exotique, juste de quoi ne pas raconter n’importe quoi à des gens qui, eux, connaissent leur île par cœur.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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