L’histoire de la Pologne pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

Avoue-le : au lycée, le cours d’histoire de la Pologne, tu l’as un peu regardé passer par la fenêtre. Entre les Piast, les Jagellon et les partages, on a tous séché un moment. Pourtant, c’est un pays qui a disparu de la carte, qui en est revenu, et qui a tenu tête à à peu près tout le monde en chemin. Alors je t’ai fait une version courte : douze dates, douze repères, zéro manuel scolaire.

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1 – 966 : le baptême de Mieszko Ier, la Pologne entre dans l’histoire écrite

Avant 966, la Pologne, c’est un territoire sans écriture, un peu flou sur les bords. Puis le duc Mieszko Ier, premier souverain dont on garde la trace, se fait baptiser dans le rite latin en 966. La cérémonie est traditionnellement datée du Samedi saint, soit le 14 avril, dans un lieu que les historiens se disputent encore : Poznań ou Gniezno, selon les écoles. (Bon, on ne va pas se fâcher pour une chapelle.) Le résultat est net : la Pologne se rattache à Rome et à la chrétienté d’Occident, et elle entre de plain-pied dans l’histoire écrite de l’Europe.

2 – 1000 : le congrès de Gniezno, une Église polonaise qui n’obéit plus aux voisins

Le 11 mars 1000, l’empereur Otton III fait le déplacement jusqu’à Gniezno pour rencontrer le duc Boleslas Ier le Vaillant. Au menu : la création du premier archidiocèse polonais, qui relève directement de Rome, plus trois évêchés à Cracovie, Wrocław et Kołobrzeg. Traduction pour les cancres : l’Église polonaise n’a plus besoin de passer par les archevêchés allemands. Otton III proclame même Boleslas « frère et collaborateur de l’Empire ». (Attention, ne t’emballe pas : le couronnement royal, lui, n’arrive qu’en 1025, on est encore sur du symbolique.)

3 – 1410 : la bataille de Grunwald, les Teutoniques prennent une leçon

Le 15 juillet 1410, l’alliance du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, menée par le roi Ladislas II Jagellon et le grand-duc Vytautas, écrase les chevaliers Teutoniques à Grunwald (appelée aussi Tannenberg ou Žalgiris selon la langue). La plupart des commandants teutoniques y laissent la vie ou leur liberté. Pour les effectifs, les historiens se chamaillent encore : l’estimation haute de l’historien Kuczyński évoque 39 000 hommes côté polono-lituanien contre 27 000 Teutoniques, mais des fourchettes plus basses circulent aussi. (Comme souvent au Moyen Âge, personne n’a pointé les présents.) Ce qui est sûr, c’est que cette victoire brise la puissance de l’ordre Teutonique pour de bon.

4 – 1569 : l’union de Lublin, la naissance de la république des Deux Nations

Le 1er juillet 1569, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie signent à Lublin un traité qui les fond en un seul État : la république des Deux Nations, en polonais Rzeczpospolita Obojga Narodów, dirigée par une monarchie élective. À son apogée, l’ensemble s’étend de la mer Baltique à la mer Noire et figure parmi les plus vastes États d’Europe, avec une tolérance religieuse assez rare pour l’époque. (Oui, à une époque où on se brûlait pour un dogme, eux accueillaient tout le monde.) Un géant méconnu, en somme.

5 – 1610 : les Polonais entrent dans Moscou

Profitant du Temps des troubles qui déchire la Russie, les troupes de la république des Deux Nations font leur entrée dans Moscou en 1610. Le prince Ladislas Vasa est même élu tsar, sans jamais régner effectivement, et l’occupation de la ville durera jusqu’en 1611 ou 1612, selon les sources. (Imagine le scénario inverse un instant : des troupes étrangères qui campent dans ta capitale et élisent ton roi.) C’est l’apogée d’une série d’incursions polono-lituaniennes en Russie, un épisode aujourd’hui presque oublié à l’Ouest.

6 – 1683 : Sobieski sauve Vienne, l’Europe respire

Le 12 septembre 1683, le roi de Pologne Jean III Sobieski mène la charge décisive qui met fin au second siège de Vienne par les Ottomans. Ses 27 000 soldats polonais, dont les fameux hussards ailés, rejoignent l’armée impériale et brisent l’avancée turque en Europe centrale. C’est le coup d’arrêt de l’expansion ottomane vers l’ouest. La Pologne, que l’on qualifiait déjà depuis longtemps d’Antemurale Christianitatis, le rempart de la chrétienté, vient d’en donner la preuve la plus éclatante. (Les hussards ailés : des ailes dans le dos, mais zéro blague, ils faisaient très peur.)

7 – 1772 : le premier partage, quand les voisins commencent à découper

Le 5 août 1772, la Russie, la Prusse et l’Autriche signent un traité qui ampute la république des Deux Nations, sans même lui demander son avis. Le pays perd environ 30 % de son territoire et près d’un tiers de sa population, et la Diète polonaise se voit contrainte de ratifier le tout le 30 septembre 1773. (Tu as bien lu : on te prend tes terres, puis on te fait signer le procès-verbal.) C’est le premier acte d’un démembrement qui, en trois partages, effacera la Pologne de la carte en 1795.

8 – 1791 : la Constitution du 3 mai, un texte pionnier

Le 3 mai 1791, la Diète adopte une loi fondamentale moderne, poussée par le roi Stanislas II Auguste, dans l’espoir de sauver un État déjà bien affaibli. C’est l’un des tout premiers textes de ce genre en Europe : troisième acte de ce type sur le continent, quatrième au monde, juste après la Constitution américaine de 1787. (On ne va pas la déclarer première au monde, les Corses et Saint-Marin nous regarderaient de travers.) Mais la Russie et une partie de la noblesse n’apprécient pas du tout, et ce coup d’éclat précipite la crise finale de l’État.

9 – 1830 : l’insurrection de Novembre, réprimée par le tsar

Le 29 novembre 1830, le royaume de Pologne se soulève contre la tutelle du tsar Nicolas Ier. Huit mois de guerre s’ensuivent, jusqu’à la chute de Varsovie en septembre 1831, suivie d’une répression sévère et de la suppression de la constitution et de la Diète. Des milliers de Polonais prennent le chemin de l’exil : c’est la « Grande Émigration », qui va nourrir tout le romantisme national polonais. (Quand on pense aux poètes et musiciens partis avec une valise et une blessure, on comprend d’où vient cette fierté un peu mélancolique.)

10 – 1918 : le 11 novembre, la Pologne redevient indépendante

Le 11 novembre 1918, après 123 ans de partages entre la Prusse, l’Autriche et la Russie, la Pologne renaît sous la forme de la Deuxième République, avec Józef Piłsudski aux manettes. (La souveraineté effective se joue dès le 7 novembre dans les faits, mais la date célébrée, c’est bien le 11.) Le traité de Versailles, en juin 1919, reconnaît ensuite cette indépendance à l’international et lui rend un accès à la mer. Un pays qui n’existait plus sur les cartes y fait son grand retour, et ça, ce n’est pas rien.

11 – 1939 : le 1er septembre, l’invasion qui met le feu à l’Europe

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne, ce qui déclenche l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni, et avec elle la Seconde Guerre mondiale. Le 17 septembre, l’URSS attaque à son tour par l’est, conformément au pacte germano-soviétique signé fin août. Varsovie capitule le 28 septembre, mais l’occupation complète du pays n’est effective qu’au début d’octobre 1939. C’est le quatrième partage de la Pologne : la Pologne disparaît une seconde fois de la carte, cette fois écrasée entre deux puissances. (Et nous, en Occident, on a mis du temps à mesurer l’ampleur du drame.)

12 – 1989 : la sortie du communisme, Mazowiecki ouvre la voie

En 1989, à l’issue de la table ronde du printemps et des élections de juin remportées par Solidarność, Tadeusz Mazowiecki devient le premier chef de gouvernement non communiste d’un pays du pacte de Varsovie, investi le 24 août. Le syndicat Solidarność, fondé dès 1980 autour de Lech Wałęsa, a fini par faire plier le régime. C’est l’amorce de la sortie du bloc soviétique et de la chute du communisme en Europe centrale. (Et pour la petite histoire, un certain Karol Wojtyła, devenu Jean-Paul II en 1978, n’avait rien calmé de ce côté-là.)

Quelle date t’a le plus surpris ? Dis-le en commentaire.

Pour écrire ces douze lignes, je me suis appuyé sur la page Wikipédia « Histoire de la Pologne », complétée par les pages dédiées à chaque événement : le baptême de la Pologne, le congrès de Gniezno, la bataille de Grunwald, l’union de Lublin, la guerre polono-russe, la bataille de Vienne, les partages de la Pologne, la Constitution du 3 mai 1791, l’insurrection de Novembre, la Deuxième République, la campagne de Pologne de 1939 et la sortie du communisme. Les chiffres, eux, ont été recoupés à chaque fois.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens. Vincent

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