La Bourgogne, moi, j’y ai longtemps pensé comme à un alignement de vignes et de bonnes tables. Et puis un jour je me suis mis à creuser, et là, j’ai compris qu’on avait affaire à une région qui cache sacrément bien son jeu. Un champ de Côte-d’Or qui rend un trésor antique, des ducs qui ont failli fonder un royaume, une moutarde qui vient du Canada : voilà le genre de choses dont personne ne parle à l’apéro.
J’ai donc réuni douze faits vérifiés et sourcés, ceux qui m’ont le plus fait écarquiller les yeux. Si tu es bourguignon, prépare-toi à en remontrer à la famille. Si tu ne l’es pas, tu vas peut-être comprendre pourquoi on s’attache à cette terre-là.
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1 – Le plus grand vase de bronze de toute l’Antiquité dormait dans un champ de Côte-d’Or
Un champ, en plein Côte-d’Or, et dessous, la tombe inviolée d’une princesse celte. En janvier 1953, un agriculteur et un archéologue autodidacte mettent au jour, à Vix, un cratère en bronze de 208,6 kilos, haut de 1,64 mètre, capable de contenir 1 100 litres de vin. C’est tout simplement le plus grand vase de bronze que l’Antiquité nous ait légué. (Tiens, ça, on ne me l’avait jamais raconté à l’école, hein ^^.) Sorti d’un atelier de la Grande-Grèce vers 525 avant notre ère, il a traversé des centaines de kilomètres pour finir en Bourgogne, sans doute en cadeau diplomatique entre princes. Aujourd’hui, il repose au musée du Pays châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine.
2 – Un rocher de Saône-et-Loire a donné son nom à toute une époque de la préhistoire
Quand un archéologue prononce le mot « Solutréen », il parle en réalité d’un lieu bourguignon. La Roche de Solutré, en Saône-et-Loire, n’est pas qu’un belvédère de carte postale : elle a baptisé toute une culture du Paléolithique supérieur, reconnue de la France jusqu’à la péninsule Ibérique. Les groupes humains qui s’installaient au pied de la falaise y ont laissé un gisement, le « Crot du Charnier », occupé sur plus de 25 000 ans. Rares sont les sites au monde à avoir ainsi donné leur nom à une période entière de la préhistoire. Avouez que c’est une drôle de gloire pour un caillou.
3 – La Bourgogne des ducs a failli devenir un royaume rival de la France
Vous imaginez la Bourgogne en royaume indépendant, qui englobe la Belgique et les Pays-Bas ? C’est pourtant ce que les ducs de la maison de Valois ont bâti au XVe siècle, un État si puissant qu’il rivalisait avec le royaume de France lui-même. Les historiens y voient presque le premier royaume nouveau créé en Occident depuis des siècles. Tout bascule le 5 janvier 1477, à la bataille de Nancy, où Charles le Téméraire est tué face aux Suisses et aux Lorrains. Le duché rentre alors dans le domaine royal, mais le souvenir d’une grande Bourgogne européenne, lui, est resté.
4 – Charles Quint, l’empereur sur qui le soleil ne se couchait jamais, descend de la dernière duchesse de Bourgogne
L’empire de Charles Quint était si vaste qu’on disait que le soleil ne s’y couchait jamais. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il descend en droite ligne de Marie de Bourgogne, la dernière héritière du duché, mariée à Maximilien d’Autriche après la mort de son père à Nancy. Fait piquant : Charles Quint naît à Gand, dans les anciens Pays-Bas bourguignons, et n’a jamais cessé de revendiquer la Bourgogne, au grand dam des rois de France. Le rêve bourguignon de puissance européenne s’est donc prolongé, déguisé, dans la dynastie des Habsbourg. (On a failli avoir notre empereur, mine de rien.)
5 – La Toison d’or, l’ordre de chevalerie le plus prestigieux d’Europe, est né à Bruges d’un mariage bourguignon
Le 10 janvier 1430, à Bruges, le duc Philippe le Bon fonde l’ordre de la Toison d’or à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal. Le nom renvoie au mythe grec de Jason, symbole par excellence de la quête chevaleresque. L’ordre devient vite le plus prestigieux d’Europe, et il existe encore, partagé entre une branche espagnole et une branche autrichienne. Selon la légende, Philippe le Bon aurait aussi voulu honorer la chevelure d’or d’une de ses maîtresses, mais aucune preuve ne l’établit. Disons que ça fait une jolie histoire de plus.
6 – Cluny fut la plus grande église de la chrétienté occidentale, avant Saint-Pierre de Rome
Fondée en 910 par Guillaume le Pieux, l’abbaye de Cluny devient le cœur battant de la réforme monastique et un phare intellectuel pour toute l’Europe. Sa troisième église, Cluny III, élevée à partir de 1088, est surnommée « Maior Ecclesia », la plus grande église : ses voûtes culminent à plus de 30 mètres. Elle reste la plus vaste de la chrétienté occidentale jusqu’à Saint-Pierre de Rome, au XVIe siècle. Vendue comme bien national à la Révolution, elle est presque entièrement démolie. Il n’en reste qu’une fraction, mais son rayonnement a marqué tout l’Occident chrétien. (Ça fait mal au cœur, quand on y pense.)
7 – Le vignoble de Bourgogne, 84 appellations et 33 grands crus, occupe à peine 4 % du vignoble français
Voilà un paradoxe chiffré qui en dit long : une réputation mondiale, mais seulement 4,3 % du vignoble français, soit environ 32 000 hectares. Sur ce ruban de 250 kilomètres, du Chablisien au Mâconnais, se superposent 84 appellations d’origine contrôlée, 33 grands crus et 661 premiers crus, dans un morcellement parcellaire quasi unique au monde. La production, autour de 1,49 million d’hectolitres par an, est majoritairement blanche, tirée du chardonnay. Depuis 2015, les « climats » du vignoble de Bourgogne sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : un paysage façonné par mille ans de viticulture, et non un monument unique.
8 – La fondue bourguignonne n’a de bourguignon que le nom
Je sais, ça pique un peu. Ces cubes de bœuf qu’on fait frire dans l’huile bouillante, ce plat convivial des années 1950-1960, est en réalité d’origine suisse. En Bourgogne, on le prépare volontiers avec du bœuf charolais, ce qui renforce le malentendu. L’appellation flatte la réputation gastronomique de la région, mais elle trompe : le nom a été choisi pour son prestige, pas pour son origine. Un bel exemple de spécialité « bourguignonne » qui vient d’ailleurs. (Tiens, ça fera un sujet de taquinerie pour votre prochaine fondue.)
9 – La moutarde de Dijon n’est protégée par aucune appellation, et ses graines viennent surtout du Canada
La moutarde de Dijon est l’un des emblèmes de la Bourgogne, mais son nom n’est protégé par rien : « moutarde de Dijon » désigne une recette et un savoir-faire, pas une origine, contrairement à la moutarde de Bourgogne qui, elle, détient une IGP. Le paradoxe va plus loin : la grande majorité des graines transformées dans les usines dijonnaises sont importées, principalement du Canada. En 2022, une sécheresse dans les Prairies canadiennes a provoqué une pénurie de moutarde de Dijon dans les supermarchés français. Preuve éclatante, si besoin, de cette dépendance.
10 – Le kir doit son nom à un chanoine résistant né au pied d’Alésia
Le kir, ce mélange de vin blanc et de crème de cassis, porte le nom d’un personnage bien réel : le chanoine Félix Kir, né en 1876 à Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or. Or ce village est précisément le site de l’oppidum d’Alésia, où Vercingétorix capitula face à Jules César. Résistant pendant l’Occupation, Félix Kir devient après-guerre maire de Dijon, qu’il administre vingt-deux ans. Dans les années 1950, pour promouvoir le vin blanc et le cassis de Bourgogne, il sert ce mélange à tous ses invités, qui finissent par lui donner son nom. Le « kir royal », lui, remplace le vin blanc par du crémant.
11 – Le Creusot fut un empire industriel resté 124 ans dans la même famille
La Bourgogne, ce n’est pas que la vigne : c’est aussi une « ville-usine », Le Creusot, en Saône-et-Loire, bâtie sur un bassin houiller exploité dès le Moyen Âge. En 1836, les frères Schneider y créent une entreprise qui devient un empire sidérurgique, resté dans la même famille pendant cent vingt-quatre ans. Des locomotives aux canons, le site a équipé le pays pendant plus d’un siècle. L’exploitation du charbon s’y poursuit jusqu’en 2000 ; depuis, Le Creusot s’est reconverti dans les aciers spéciaux et l’énergie, avec Framatome, Alstom ou Safran.
12 – Guédelon, le château fort bâti aujourd’hui avec les techniques du XIIIe siècle
À Treigny, dans l’Yonne, on construit depuis 1997 un château fort avec les techniques et les matériaux du XIIIe siècle. Guédelon est un chantier d’archéologie expérimentale : tailleurs de pierre, charpentiers, forgerons et cordiers y travaillent comme au Moyen Âge, sans électricité ni engins modernes. Le but, c’est de comprendre concrètement comment l’on édifiait une forteresse médiévale, et non de bâtir un parc d’attractions. Le succès est tel que Guédelon est devenu le troisième monument le plus visité de Bourgogne-Franche-Comté, derrière les hospices de Beaune et la citadelle de Besançon.
Alors, lequel de ces douze faits t’a le plus étonné ? Le cratère de Vix sorti d’un champ, la moutarde venue du Canada, ou ce bon vieux chanoine Kir qui a donné son nom à l’apéritif ? Dis-le-moi en commentaire, et si tu en connais d’autres, on complète la liste ensemble. Les Bourguignons ont toujours une anecdote de plus à raconter, c’est bien ça le problème ^^.
Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.
Vincent

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