L’histoire de Picardie pour les cancres : 12 dates pour tout retenir

On va pas se mentir : les cours d’histoire, au lycée, j’en ai séché un bon paquet, et toi aussi j’imagine. Les dates, les batailles, les traités, ça rentrait par une oreille et ça ressortait par l’autre, direction la sortie. Alors si je te dis Picardie, tu penses peut-être à une cathédrale, à des marais, à un maroilles qui pique un peu. Mais la Picardie, c’est surtout une des terres les plus vieilles de l’histoire de France, celle où des pans entiers de notre mémoire se sont écrits. J’ai relevé 12 dates pour que tu puisses briller au prochain repas de famille sans rouvrir un manuel scolaire.

Découvre aussi la collection Ici & Là Picardie ici : les t-shirts picards

1 – Environ 500 000 ans avant le présent : la Picardie invente la préhistoire

Accroche-toi, parce qu’on commence très fort : la préhistoire, cette science qui s’étudie sur toute la planète, est née en Picardie. Dans les terrasses de la vallée de la Somme, on a mis au jour des silex taillés vieux d’environ 500 000 ans avant le présent, aux côtés d’ossements d’animaux disparus. Le quartier Saint-Acheul, à Amiens, a même donné son nom à l’Acheuléen, une civilisation du Paléolithique ancien reconnue jusqu’en Asie. Et l’un des fondateurs de la discipline, Boucher de Perthes, a publié son ouvrage fondateur en 1847. Autrement dit, si tu es picard, sache que ton coin de pays a baptisé une civilisation entière. C’est quand même quelque chose.

2 – 54-53 av. J.-C. : César pose ses quartiers à Samarobriva, future Amiens

En 54-53 av. J.-C., Jules César, le grand général, vient passer l’hiver avec ses légions à Samarobriva, sur le territoire des Ambiens, après sa première tentative de conquête de la Bretagne. C’est là, sous la plume de César lui-même, que la future Amiens entre dans l’histoire écrite. Autour du camp militaire, qui perdure jusqu’aux premières années du règne d’Auguste, des habitats civils gaulois, les canabae, se développent, et les Romains finissent par y établir la capitale de la cité des Ambiens. La ville que tu connais aujourd’hui, ses rues, ses bords de Somme, tout ça commence ici, avec un simple campement d’hiver romain.

3 – Vers 334 : Martin partage son manteau aux portes d’Amiens

Vers 334 (certaines sources disent 354), un légionnaire romain nommé Martin croise un pauvre aux portes d’Amiens, lui partage son manteau d’un coup d’épée, puis se convertit. Le récit nous vient de Sulpice Sévère, et la date exacte reste incertaine, alors je te la donne au conditionnel, comme il se doit. Ce geste, devenu l’un des plus célèbres de la chrétienté, se serait accompli là, à Ambianorum, la future Amiens. Saint Martin, c’est un peu notre star locale de la générosité, et son manteau a fait le tour du monde.

4 – 486 : Clovis remporte la bataille de Soissons

486, c’est l’année où Clovis règle ses comptes à Syagrius à la bataille de Soissons, et met fin au dernier royaume romain de Gaule. C’est sur le sol picard que Rome livre sa dernière bataille face aux Francs. Et c’est juste après la prise de la ville que, selon Grégoire de Tours, se serait déroulé le fameux épisode du Vase de Soissons, ce soldat qui brise le vase et ce roi qui s’en souvient un an plus tard. Récit légendaire ou fidèle, c’est l’une des histoires les plus fameuses de la mémoire française, et elle est née ici.

5 – 1098 : le mot « Picard » entre dans l’histoire

1098 : pour la première fois, le mot « Picard » apparaît dans un texte, avec un certain Guillaume le Picard, mort au cours de la première croisade. Au départ, « Picard » désigne des hommes, avant de désigner un territoire. Ce n’est qu’ensuite que le mot s’étend à la région et à ses habitants, jusqu’à cette « nation picarde » présente à l’université de Paris. En clair, ton identité, celle que tu portes fièrement sur un t-shirt, elle a un acte de naissance écrit, et il date de la fin du XIe siècle.

6 – 1346 : la bataille de Crécy fait basculer la guerre

Le 26 août 1346, la guerre de Cent Ans bascule à Crécy : Édouard III et ses Anglais écrasent Philippe VI sur le sol picard, au terme d’une chevauchée qui a dévasté la Normandie, le Vexin, le Beauvaisis, le Ponthieu et le Boulonnais. Pour franchir la Somme au gué de Blanquetaque, la tradition raconte qu’un valet de ferme, Gobin Agache, aurait guidé les Anglais contre un sac d’écus. Cette histoire, qu’elle soit embellie ou fidèle, dit à quel point ce territoire est devenu un champ de bataille durable. Abbeville, elle, a tenu bon. Une des batailles les plus meurtrières du Moyen Âge s’est jouée là, chez toi.

7 – 1430 : Jeanne d’Arc tombe aux portes de Compiègne

Le 23 mai 1430, aux portes de Compiègne, Jeanne d’Arc est faite prisonnière de Jean de Luxembourg-Ligny, capturée par ses hommes lors d’une sortie. C’est le basculement de son destin, et il se joue en Picardie. Vendue aux Anglais pour dix mille livres tournois le 21 novembre 1430, elle est emmenée au Crotoy avant de finir à Rouen. De Beaulieu-les-Fontaines à Beaurevoir, c’est ici que s’écrit le début de la fin pour la Pucelle, avec Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, en premier rôle du procès.

8 – 1477 : la Picardie rejoint définitivement la France

1477, c’est l’acte fondateur de la Picardie comme entité rattachée à la couronne. Charles le Téméraire meurt à Nancy en janvier, et Louis XI en profite pour récupérer les villes de la Somme et le duché de Bourgogne. Après des décennies de va-et-vient entre Bourguignons et Français, la Picardie rejoint définitivement le royaume de France et devient une marche frontière face aux Pays-Bas. Amiens devient capitale de la province. Ta région, au sens politique, naît vraiment là.

9 – 1597 : les Espagnols s’emparent d’Amiens par la ruse

Le 11 mars 1597, les Espagnols prennent Amiens par surprise, et la ruse est restée célèbre : un chariot de foin bloque les herses d’une porte, tandis que des hommes déguisés portent des sacs de pommes et de noix. Un sac de noix répandu fait se baisser les soldats de garde, et c’est là que les assaillants passent à l’action, faisant entrer 500 soldats en embuscade. La tradition raconte ce stratagème avec délices, et même si le détail se perd un peu, le coup de main est bien réel. Henri IV assiège aussitôt la ville, et le gouverneur espagnol capitule le 25 septembre 1597. Ensuite, Henri IV fait construire la citadelle, que tu peux encore visiter aujourd’hui.

10 – 1662 : la révolte des Lustucru embrase le Boulonnais

1662, c’est l’année de la révolte des Lustucru, une jacquerie populaire antifiscale qui embrase le Boulonnais, au début du règne personnel de Louis XIV. Autour de Samer, en juillet, les révoltés sont environ 3 000, paysans et manants qui en ont assez de la pression fiscale et s’en prennent aux troupes de l’intendant. Le nom « Lustucru » est une étiquette venue plus tard, tirée de l’imagerie populaire, et il est resté dans la mémoire française. Une colère paysanne oubliée du Grand Siècle, mais qui dit beaucoup de la Picardie d’en bas.

11 – 1766 : le supplice de La Barre indigne Voltaire

Le 1er juillet 1766, le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre, 20 ans, est supplicié sur la grand-place d’Abbeville. L’affaire commence par la découverte d’un crucifix mutilé en août 1765, et elle se referme par une condamnation du présidial d’Abbeville en février 1766, confirmée en appel par le Parlement de Paris. Chez le jeune homme, on trouve un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire, et c’en est assez pour en faire un symbole. Voltaire, justement, dénonce l’intolérance de l’affaire, et le nom de La Barre reste ancré dans la mémoire des Lumières.

12 – 1916 : la bataille de la Somme grave la Picardie dans la mémoire

1916 : la bataille de la Somme, l’une des plus meurtrières de la Première Guerre mondiale, se déroule en Picardie, entre Amiens, Montdidier, Noyon et Saint-Quentin. Le 15 septembre 1916, les premiers chars britanniques Mark I y sont engagés, une première mondiale. Puis, lors de l’opération Alberich, en février-mars 1917, environ 200 villages sont détruits lors du repli allemand. Le mémorial de Thiepval commémore encore cette bataille, et ses cicatrices dessinent le paysage picard d’aujourd’hui. C’est ici que le XXe siècle a laissé sa marque la plus profonde.

Alors, quelle date t’a le plus surpris ? Le manteau de saint Martin, la ruse des noix, ou les chars de la Somme ? Dis-le-moi en commentaire, j’ai hâte de savoir laquelle te parle le plus.

Pour cet article, je me suis appuyé sur la page Wikipédia « Histoire de la Picardie », et sur les articles de contre-vérification : la bataille de Crécy, le siège de Compiègne et Jeanne d’Arc, la bataille de la Somme, le chevalier de La Barre, le siège d’Amiens de 1597, la révolte des Lustucru, l’Acheuléen et saint Martin de Tours. Les récits légendaires, eux, restent au conditionnel, comme il se doit.

Prends soin de toi et si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens. Vincent

Restez informé

Recevez un email à chaque nouvel article. Pas de spam, désinscription en un clic.

Partager cet article

WhatsApp Messenger Instagram Facebook Copier le lien Email Partager…

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *